- Succulence végétale -

Sedum rubrotinctum (Photo F.Harlay)

Sedum rubrotinctum (Coll. J.M.Cometto, Photo F. Harlay)

Xérophytisme et Succulence

  • La majorité des plantes contiennent dans leurs tissus principaux 80 à 95% d'eau. Lorsqu'elles se trouvent confrontées à des conditions de sécheresse et d'aridité extrêmes, dites conditions xériques, leur survie dépend essentiellement de leur aptitude à conserver une teneur en eau suffisante pour assurer l'ensemble des fonctions physiologiques. Les plantes qui parviennent à vivre dans ces conditions sont dites xérophytes.

  • La meilleure façon de faire face aux périodes de carence étant de faire des réserves, un grand nombre de ces plantes ont, au fil de l'évolution, modifié une partie de leurs tissus pour les transformer en "éponges" et constituer ainsi toutes sortes de "barriques", permettant de maintenir un équilibre hydrique minimum indispensable.


La propriété de succulence fait référence à la capacité qu'ont certaines plantes à constituer des réserves d’eau dans leurs tissus spécialisés, appelés parenchymes aquifères, afin de pouvoir supporter une longue période de stress hydrique. Les végétaux qui possèdent cette propriété sont désignés sous le terme de plantes succulentes.


  • En cas de faibles précipitations, l'eau récupérable est offerte par l'humidité ambiante ou la condensation. Dans certains déserts côtiers (désert d'Atacama au nord du Chili, désert de Namibie, désert du Néguev …) la rosée et/ou les brouillards sont souvent les seuls apports en eau et peuvent, sur une année, dépasser en volume les eaux pluviales. On y trouve cependant, durant de courtes périodes, une végétation éphémère parfois très florissante.

  • L'eau peut être captée au niveau des feuilles, des tiges ou des racines, puis elle est stockée dans les vacuoles, sortes de petits sacs à volume variable situés dans les cellules du parenchyme aquifère. En présence de l'eau les mucilages se transforment, par dilution, en gel plus ou moins visqueux pouvant remplir entièrement les vacuoles : on parle alors de pleine turgescence des cellules, c'est-à-dire un état de tension interne maximale.

Principaux tissus d'une tige de cactus colonnaire
Coupe transversale d'Espostoa lanata : après étêtage dans la serre du CAP. (Photo F. Harlay)

◈ L'accumulation de suc dans certains tissus spécialisés, les parenchymes aquifères, provoque le gonflement de la partie succulente de la plante (feuille, tige, racine). Lorsqu'il concerne la tige, ce processus s'accompagne d'une augmentation, parfois considérable, de la pression interne.

◈ Chez les petits sujets, qui ne contiennent que peu de tissus de soutien (bois dur), cette pression participe efficacement au port naturel et à la résistance au vent, qui pourraient être compromis par l'augmentation importante de la masse globale.

◈ Inversement, cette pression énorme mettrait en péril les grandes plantes colonnaires si elles n'avaient développé, au fil de l'évolution, un véritable squelette ligneux en forme de tube réticulé. En effet, si elle reste tendre chez les petits sujets globulaires ou peu élancés, la structure cylindrique constituée par les nombreux faisceaux conducteurs qui entourent la moelle va se transformer, chez les grands cierges, en une sorte d'armature interne, tubulaire et alvéolée, prenant l'aspect et la consistance de bois dur.

Coupe Cereus forbesii (?) (Photo F.Sampieri)
On peut voir sur cette coupe de Cereus forbesii(?) tronçonné, le résultat du processus de cicatrisation des parties molles de la plante qui se sont rétractées en séchant : les faisceaux conducteurs sont maintenant en saillie et révèlent l'organisation cylindrique de cette armature tubulaire de soutien. On peut également constater le bourgeonnement de la zone sectionnée et l'apparition de rejets au niveau des arêtes de la plante.
(Coll. A. Roffino, Photo F. Harlay)
Structure du squelette ligneux d'un grand spécimen de Cylindropuntia sp.
(Photo P. Croisé)

Les grandes Euphorbes arborescentes ou les cactus colonnaires géants sont de beaux exemples de cette adaptation. Le plus célèbre est le Carnegiea gigantea, ou Saguaro, cactus géant de l'Arizona, qui peut contenir 2 à 3 tonnes d'eau pour 15 mètres de haut et rester parfaitement vertical grâce à cette armature centrale.

  • Grâce au développement de leurs tissus succulents, un grand nombre de plantes ont ainsi été capables de s'adapter à un environnement sec et aride, conséquence de l'un au moins des éléments suivants :

    • de longues périodes sans précipitations (zones semi-désertiques)
    • un substrat très perméable qui s’assèche très vite
    • un milieu riche en sels (plantes halophytes).

Les Cactaceae, les Crassulaceae et les Aizoaceae, sont les familles les mieux représentées dans le groupe de plus de 60 familles de plantes succulentes. Viennent ensuite les Agavaceae, les Asphodelaceae, les Euphorbiaceae.

Pour les amateurs ou les producteurs, l'aspect dodu, voire obèse, des tiges ou des feuilles charnues de ces plantes en période d'activité végétative, a donné lieu à leur appellation populaire de plantes grasses. On peut également évoquer la proximité linguistique entre le mot 'grasses' et le mot latin 'crassus' qui signifie épais. Cet adjectif latin est par ailleurs à l'origine des noms de la famille Crassulaceae et du genre Crassula.

Euphorbia flanaganii
Euphorbia flanaganii (Coll. J.M. Cometto, Photo F.Harlay)

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